Manifeste pour la démocratie au sein de l’Université de la Méditerranée
Ce que nous attendons du Président de l’Université de la Méditerranée
Le contexte actuel …
Un malaise
Le vote au parlement du 10 août 2007 suivi de la mise en place de la loi LRU a profondément modifié le fonctionnement des universités, en particulier de celles qui, comme l’Université de la Méditerranée, se sont précipitées dans la voie de l’attribution des compétences élargies. La loi LRU attribue des pouvoirs renforcés aux présidents d’universités en affaiblissant exagérément l’équilibre démocratique des pouvoirs. Cette nouvelle loi, refusée par l’écrasante majorité des universitaires, a rapidement abouti, pour la première fois dans l’histoire de notre pays, à créer un malaise aigu parmi les personnels (chercheurs, enseignants-chercheurs, ITAS et BIATOSS confondus) mais aussi parmi les étudiants. Au sein de l’Université de la Méditerranée, ce malaise est aujourd’hui amplifié par la difficulté voire l’impossibilité de dialogue au sein des instances consultatives (CA, CS, CEVU) ainsi qu’entre la présidence et les directions des unités de recherche.
Absence de concertation
La situation que connaît aujourd’hui notre université a aussi pour origine l’absence de considération par la présidence des aspirations des personnels qui ne sont plus relayées par la Conférence des Directeurs. Elle aboutit de facto à un pilotage politique par le haut, décalé des projets scientifiques portés par des unités de recherche par ailleurs performantes. Ce décalage se traduit par une faible lisibilité des objectifs prioritaires de l’université tant au niveau de l’harmonisation des enseignements sur la place locale que dans l’affichage des priorités scientifiques dans une véritable politique de recherche.
Pas de réelle vie démocratique
Le danger est là ! Sans l’instauration rapide d’une véritable vie démocratique, le maintien du mode de gouvernance actuel risque, à court terme, de démotiver les personnels, seuls artisans de la renommée de l’établissement. Le risque est aussi d'aboutir à un affaiblissement de la recherche fondamentale de qualité menée par les laboratoires de l’Université de la Méditerranée et de restreindre les champs disciplinaires pour privilégier une recherche fondée sur des objectifs économiques à court terme, incapable d’ouvrir les voies originales, à risques, seules capables de maintenir l’excellence dans la durée.
Des propositions …
Restaurer la vie démocratique
Etablir une réelle vie démocratique, à l’Université de la Méditerranée comme ailleurs, requiert la prise en considération des opinions, diverses, parfois divergentes, parfois convergentes, de toutes les sensibilités ; implique la reconnaissance dans le pluralisme des représentants des personnels et usagers ; exige, en même temps que l’observation rigoureuse des règles institutionnelles, des mesures volontaristes pour encourager l’implication et la participation de tous les acteurs à tous les niveaux de réflexion et de débat, dans la garantie du respect de leur libre expression.
Pour le projet éducatif …
Une université de service public
La mise en place de la LRU s'inscrit dans le Processus de Bologne. Elle établit un espace d'enseignement et de recherche basé sur la compétition entre universités. Nous défendons une université de service public, ouverte à tous, dispensatrice de savoirs et de compétences. La diffusion des connaissances fondamentales et l'ouverture sur le monde professionnel sont aujourd'hui des missions qui ont été confiées aux universités. Les candidats à la présidence doivent pouvoir nous informer sur leurs visions d'un projet éducatif associant ces deux missions et permettant là aussi de maintenir l'ensemble des disciplines d'enseignement réorganisées au sein de la future université unique pour une meilleure visibilité des filières et des parcours offerts aux étudiants. Nous attendons également que soient précisées les grandes orientations en matière de financement de l'enseignement et serons attentifs à ce que les solutions choisies pour l'Université de la Méditerranée ne mènent pas à l'instauration d'un système éducatif universitaire à deux vitesses.
La formation et la vie des étudiants
Les étudiants, qui étudient, vivent, espèrent dans ses murs ou ses cités, sont les premiers usagers de l'université. Elle leur doit un accueil, une écoute et une formation de qualité. Nous demandons aux candidats à la présidence de faire de la condition étudiante un objectif prioritaire quant aux pédagogies, à l'orientation, l'insertion, mais aussi quant au logement, transport, à la santé, la culture. Une attention particulière doit être portée à l'accueil des étudiants handicapés. Nous demandons que le Plan Campus soit maintenu dans l'esprit du Service Public. Nous voulons que l'amélioration de la vie étudiante devienne une priorité de l'Université de la Méditerranée : un plan d'urgence doit être conçu avec les collectivités territoriales (Conseil Régional, Conseil Général, municipalités) pour que cessent une errance et un échec étudiants destructeurs de moyens et d'avenir. La gratuité des études et l’allègement des frais conséquents doivent être une visée prioritaire. Dans cet objectif, toute forme de contributions financières autres que les droits d’inscription nationaux doit être proscrite. Les droits des étudiants quant aux modalités de contrôle des connaissances doivent être confortés, dans la transparence et l’harmonisation entre toutes les composantes. L’accueil des étudiants étrangers doit aussi être repensé dans le cadre d'une coopération internationale ouverte, associant à sa réflexion la recherche de soutiens financiers auprès des collectivités territoriales et l'octroi de conditions d'hébergement universitaire décentes.
La formation professionnelle par l'université
Sur un plan général, nous attendons du futur président d'université qu'il impulse une politique de coopération avec tous les acteurs économiques et sociaux de la région, les entreprises privées et publiques, les mutuelles, les coopératives, l'économie sociale et solidaire, les syndicats, les collectivités locales et territoriales, afin de mieux définir les contours des emplois de demain. Le développement d'une formation professionnelle continue qualifiante par l'université est à ce titre une nécessité absolue. Nous demandons que soit sérieusement examiné par les candidats le développement de la formation en alternance et de la validation des acquis de l’expérience, vecteurs de promotion sociale. Ces parcours doivent concerner toutes les filières.
Pour le projet de recherche …
Un véritable projet d’université
Pour associer l'ensemble de ses personnels, l’Université de la Méditerranée doit se doter d'un véritable projet d’université dans lequel figurent les orientations, les choix et les visées pour les années à venir. Dans le contexte du nouveau cadre national de la recherche, dans celui de l'Espace Européen de la Recherche, nous sommes attentifs à ce que soit préservé l'éventail des disciplines et thématiques abordées par l'enseignement et la recherche universitaire, en maintenant le financement de la recherche fondamentale. Nous demandons aux candidats de nous indiquer quelles sont leurs priorités pour l'Université de la Méditerranée à la fois en termes d'axes scientifiques majeurs, de structuration des grands pôles de recherche et d'enseignement (y compris les relocalisations et les grands projets à mettre en œuvre) et les objectifs de coopération internationale associant d'une part les pays développés et d'autre part les pays émergents et comment ils envisagent la consultation de la communauté sur l'évolution à long terme de l'établissement.
Le maintien de structures performantes
Nous réaffirmons notre attachement au maintien des Unités Mixtes de Recherche associant l'université et les grands organismes de recherche. Ce système fonctionne et présente plusieurs qualités dont la moindre n'est pas l'inscription des priorités régionales dans le cadre des politiques nationales de recherche mises en œuvres par les grands organismes. Nous demandons aux candidats à la présidence d'exprimer leurs points de vue sur le maintien, qui nous apparaît indispensable, des prérogatives des organismes dans leur double rôle d'opérateurs et d'agences de moyens.
Pour l'emploi, les statuts et les carrières …
Un plan pluriannuel pour l'emploi
La mise en place de la LRU, l'affaiblissement des organismes publics de recherche, la création de l'ANR, ont fait naître, à juste titre, des inquiétudes sur l'évolution des statuts des personnels et des craintes, justifiées par la diffusion empressée de circulaires gouvernementales. Nous sommes profondément attachés au maintien du statut de la fonction publique et nous demandons aux candidats à la présidence d'exprimer clairement leurs points de vue sur les nouvelles possibilités de recrutement de contractuels à des fins de recherche et/ou d'enseignement. Nous souhaitons aussi les voir proposer un véritable plan de résorption de la précarité par l’accès à la titularisation des personnels embauchés pour des tâches pérennes.
Constitution des comités de sélection : collégialité et transparence
La loi LRU a instauré la constitution de comités de sélection au sein des établissements. Des exemples récents ont montré les limites de l'exercice local au sein de certaines composantes de l'Université de la Méditerranée. Or, le développement de notre université passe par son attractivité pour les collègues extérieurs et doit s'affranchir de toute image négative liée à des dysfonctionnements aboutissant à des promotions au niveau local, dès lors soupçonnables. Les candidats à la présidence doivent donc s'exprimer sur la possibilité d'organiser des élections de commissions conformes aux principes de collégialité, de démocratie et de transparence qui seraient chargées de proposer les membres des comités de sélection et, de manière générale, sur l'harmonisation des procédures dans l'ensemble des composantes.
L'allègement des services d'enseignement
Nous sommes attachés à la dualité des fonctions des enseignants-chercheurs. La LRU prévoit l'adoption par le CA de la répartition des services. Nous demandons aux candidats à la présidence de s'engager sur le refus de toute modulation imposée des services qui viserait à alourdir les charges d'enseignement. Nous souhaitons avoir leur avis sur la mise en place d'un allègement uniforme des services des enseignants-chercheurs en début de carrière et, plus généralement, sur un objectif d'allègement à un maximum de 150 heures équivalent-TD d'enseignement annuel pour l'ensemble du corps des enseignants-chercheurs.
Une évaluation nationale
L'évaluation des enseignants-chercheurs, tant en ce qui concerne l'attribution des primes que pour ce qui est de l'avancement au cours de la carrière, doit aussi être abordée. Nous souhaitons que cette évaluation se fasse au niveau national par souci de clarté et pour que les attributions par le ministère ne soient pas soumises à un contingentement local complètement déconnecté du niveau de qualité des personnels de l’Université de la Méditerranée. Les candidats à la présidence devront donner leur position sur le maintien des prérogatives des instances nationales en matière de réglementation statutaire et d'évaluation.
Pour un fonctionnement visible et lisible …
Pour un vrai dialogue constructif
Nous souhaitons que les candidats à la présidence s’interrogent sur le fonctionnement actuel de l’établissement et s’engagent dans l’instauration d’un véritable dialogue constructif associant tous les acteurs universitaires. Dans le respect des textes législatifs en vigueur, il devra s’agir, non pas d’utiliser de manière autoritaire les pouvoirs nouvellement attribués, mais, au contraire, de rechercher avec ces mêmes pouvoirs à mettre en place un travail collégial pour permettre à l’Université de la Méditerranée d'avoir tout le rayonnement qu'elle doit revendiquer à juste titre aux plans national, européen et international. Il faut restaurer la confiance entre les acteurs de base et les instances de l'université. Ceci peut prendre la forme de la constitution consensuelle d’une Conférence des Directeurs élargie en "Conseil d'établissement" large et représentatif qui rétablira le relais entre la présidence, les directions de composantes et les directions de laboratoires en privilégiant l'écoute et le respect de tous les interlocuteurs. Ceci passe aussi par l'amélioration du fonctionnement des conseils, en particulier du CA qui, toujours consulté avant toute prise de décision importante, doit être un espace stratégique de discussion et non pas se cantonner à un rôle de chambre d'enregistrement, doit jouer pleinement son rôle pour "… favoriser la vie de la communauté". L'utilisation du veto présidentiel doit donc être refusée d'emblée.
Pour l'efficacité de la gestion de la recherche
Le fonctionnement de l'université est aussi la vie de tous les jours des chercheurs et enseignants-chercheurs dans leurs laboratoires. Nous demandons aux candidats de faire des propositions pour renforcer l'efficacité des services administratifs en matière de gestion de la recherche : comment mettre un terme à la lourdeur actuelle des procédures internes directement liée à la multiplicité des échelons intermédiaires entre les unités de recherche et l'administration et de restaurer le climat de confiance indispensable avec les personnels administratifs en charge de l'appui aux activités des chercheurs et des enseignants-chercheurs ? Seule une réflexion collective approfondie permettra d’y parvenir.
Pour la fusion …
Une chance à saisir
Nous souhaitons que les candidats nous apportent leur réflexion sur les grandes restructurations en cours dans le cadre de la fusion des trois universités marseillaises et de la réalisation future du Plan Campus. La fusion des trois universités d'Aix-Marseille mettrait un terme, sur le plan éducatif, à une concurrence stérile qui s'exerce actuellement pour plusieurs disciplines et offrirait aux étudiants des offres de formation claires leur permettant d'établir leurs choix sans risque d'erreurs d'orientation. Sur le plan de la recherche, la fusion devrait aboutir à des clarifications du paysage assurant la lisibilité extérieure des grands secteurs d'excellence des trois universités dont plusieurs ont vocation à jouer un rôle de premier plan au niveau national et surtout dans l'Espace Européen de la Recherche. A une concurrence entre instituts devra se substituer une synergie au sein de nouvelles structures à mettre en place par un travail de concertation étroit avec les personnels des unités de recherche. La fusion dotera les villes d'Aix et de Marseille de la plus grande université française, et, en restaurant l'attractivité des formations, permettra de lutter contre la désaffection qui frappe certaines disciplines, en particulier scientifiques, et contre la diminution du nombre d'étudiants dans ces filières.
Un dossier prioritaire : La formation des maîtres
Pour ce qui est de la formation des maîtres, la réforme en cours, si elle va à terme, va poser un problème social grave en retardant d'un an l'accès au concours, avec le double effet immédiat d'allonger d'un an la durée des études non rémunérées et de reculer d'un an le principal palier de sélection, ce qui va entraîner de nombreux étudiants dans des études se terminant par un échec sur leur objectif principal. Cette réforme doit être dénoncée, à la fois dans son projet, et dans la façon dont elle est menée. Nous rappelons à cet égard que la CPU a suspendu sa participation à la commission Marois-Filâtre, et nous attendons des candidats à la présidence un positionnement clair sur ce point. Dans le cadre actuel, nous demandons aux candidats de s'engager sur un renforcement, sous l’égide de l’IUFM, de la coopération entre les trois universités, au lieu de développer une concurrence stérile, dont les formateurs ne veulent pas. La formation des maîtres pourrait prendre la forme d'une année de stage rémunérée en 5ème année et de pré-recrutements, sur critères académiques et sociaux. En liaison avec le rectorat, un système de pré-professionnalisation des futurs enseignants à partir le la 2ème année de licence pourrait être mis en place. .
Réunir et associer dans la concertation
Pour réussir la fusion, encore faut-il associer l'ensemble des acteurs qui s'y intéressent. A ce titre, nous souhaitons que les critères qui ont présidé, pour notre université, à la constitution du comité de pilotage, du comité de suivi et des douze groupes de travail interuniversitaires prennent en compte la représentativité des élus exprimée lors des dernières élections des conseils de l’université. Nous souhaitons que le futur président s'engage rapidement, avec les présidents des deux autres universités, dans la voie d'une concertation entièrement publique sur la fusion des universités, et que cette concertation, au cas où la fusion, que nous appelons de nos vœux, ne pourrait aboutir, permette la plus grande harmonisation possible du paysage universitaire. Ici comme ailleurs la coopération doit demeurer le maître mot.
SNESUP, SNCS, SNASUB (FSU) ; FERC Sup-CGT ; UNEF ; SGEN ; SLR.